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►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du vendredi 10 janvier 2024 (Bernard Brabant)
Les anciens noms des rues et places de la commune
Il fut un temps où l’on pouvait se promener à Embrun dans les rues du Tripot, Rigondelle, Malcroizet, des Billards ou du Talon haut. Voici quelques rues qui ont changé de nom ces 300 dernières années.

Plan d’Embrun en 1850. On retrouve d’anciens noms de rues.
►1. La rue du Tripot
Il devait y avoir un café réputé dans la rue du Tripot. Elle est devenue la rue du Docteur-Izoard, médecin bienfaiteur décédé en 1919.
►2. La rue Saint-Vincent
Elle a déménagé. Elle était à la place de la rue Tour brune d’aujourd’hui. L’actuelle rue Saint-Vincent s’appelait en 1765 rue Rigondelle. Une Rigoundèla est un gâteau.
►3. La rue Traversière
Elle avait pour nom rue des Billards.
►4. La place du Triangle
Les anciens appellent toujours de son ancien nom, place du triangle, la place Célestin-Roche (poète, scientifique embrunais). Elle a commencé par être la place de l’Eygullier. Une placette créée quand on a rasé le pâté de maisons en son centre. Une rue Malcroizet longeait ce pâté, avant de prendre le nom de rue du Triangle.
►5. La rue du Centre
C’était celle des Boulangers.
►6. La place de la Mazelière
Elle fut d’abord baptisée Saint-Martin puis place des Comestibles.
►7. La place Barthelon
Elle porte le nom d’un bienfaiteur qui a légué sa fortune à Embrun après son décès en 1905. Elle fut d’abord la place Saint-Pierre. Lesdiguières a fait raser l’église Saint-Pierre en 1590 pour créer cette place.
►8. La rue commerçante
Du temps des remparts, la seule rue traversant Embrun était la rue commerçante actuelle. Sous la royauté, c’était la route royale n° 94, qui s’appelait vers le haut, rue d’Italie, puis rue Clovis-Hugues. Il aurait été question pendant la Seconde Guerre mondiale de lui donner le nom du Maréchal-Pétain.
►9. La place Saint-Marcellin
Elle s’est appelée place du Laurier. On suppose qu’il y avait un laurier avant que ne soit planté en 1790 le grand tilleul actuel, arbre de la liberté.
►10. La place du Tilleul
En revanche, il y avait une place du tilleul, qui a pris le nom de place Dongois, avocat actif sous la Révolution et nommé maire par Napoléon 1er.
►11. La rue Émile-Guigues
Elle porte le nom d’un percepteur connu pour ses nombreux dessins sur la vie embrunaise. C’était la rue du Collège, puis de la Détention, lors des transformations du grand bâtiment la longeant.
►D’autres changements
La rue Neuve est devenue Victor-Maurel et la rue du Planuel (nom des places militaires sous les remparts) la rue Caffe. La rue de l’Arsenal s’est transformée en rue du Colonel-Bonnet. La rue Marchande s’appelle maintenant rue Palluel et celle de l’Estour s’est transformée en rue de la Métropole. La rue du Talon haut est devenue la rue de la Terrasse. La place de la Halle a été réhabilitée en place Dosse. La rue Casse-cou, elle, n’a pas changé de nom.
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du vendredi 5 janvier 2024 (Bernard Brabant)
Retour en janvier 1924 : que s’est-il passé à Embrun il y a 100 ans ?
En ce début d’année 1924, on compte les morts, les vivants, les automobiles, les chevaux. Voici quelques-unes des nouvelles lues dans l’hebdomadaire embrunais de l’époque : La Durance.

Place de la Mazelière au début du XX e siècle. Les rares Embrunais qui avaient une automobile devaient la déclarer en mairie. (Archives départementales côte 39-279)
Le 5 janvier 1924, le journal La Durance annonce la mort de Georges Noblemaire. Le député des Hautes-Alpes est décédé à l’âge de 56 ans. Ce républicain de gauche avait fait un discours en 1922 sur la limitation des armements à la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU. Il était également président du conseil d’administration de la compagnie de chemin de fer Paris Lyon Marseille (PLM) qui gérait notamment la ligne passant par Embrun.
Un “encouragement à la repopulation”
Le journal publie les statistiques de l’année 1923. Il y a eu 38 décès de personnes domiciliées à Embrun et 48 naissances. En 20 ans, le département a perdu 20 000 habitants, à la suite de la Première Guerre mondiale et l’exode rural. L’article titré “Encouragement à la repopulation” rappelle que la France est en compétition avec l’Allemagne pour reconstituer sa population et équilibrer les forces.
On ne compte pas que les habitants. Le journal rappelle qu’en ce 1er janvier, les propriétaires de véhicules automobiles doivent en faire la déclaration à la mairie, ainsi que les propriétaires de chevaux âgés de plus de 4 ans. Le prix du pain passe à 1,25 franc le kilo (1,26 euro d’aujourd’hui).
L’hebdomadaire annonce le programme de la fête de la Sainte-Pelade du 28 janvier 1924. Un programme pour les bons vivants : à 10 heures, vin blanc chez Mme Aubin ; à 11 h 30, apéritif chez M. F. Durand ; à midi, banquet chez M. Michel, rue Gaffe ; à 2 heures, café chez M. Thivot ; à 3 heures, bière chez M. Nicolas, café de l’Arsenal ; à 3 h 1/2, roulette et bière chez M. Bertrand, café de Ma Campagne et vin chez Mme Terret ; à 6 h 1/2, apéritif chez Mme Combet ; à 7 h 1/2, soupe au fromage, chez M. Michel ; à 9 h, grand bal chez M. Arnoux.
Le dimanche 20 janvier, les habitants du quartier de Saint-Antoine ont quant à eux dignement fêté leur patron. 70 personnes ont dégusté des têtes de veau et de porc au restaurant Liotier. Auguste Thouard, avoué féru d’histoire, “a tenu son auditoire, sous le charme de ses paroles et récits sur notre ancienne métropole, en nous citant l’emplacement des nombreuses églises, aujourd’hui pour la plupart disparues, ainsi que les couvents et temples qui se trouvaient dans Embrun et les environs”, rapporte le journal.
On peut consulter le journal La Durance en ligne sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes.
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du vendredi 15 décembre 2023 (Bernard Brabant)
Il y a cent ans, une campagne électorale faisait des remous
En décembre 1923, se déroule une élection houleuse. L’hebdomadaire embrunais La Durance soutient spécialement un candidat.

Jardins de l’Archevêché au début du XX e siècle. Bonne nouvelle : le Touring club subventionne l’achat de trois bancs. Archives départementales côte 39-179
En ce mois de décembre 1923, les élections à la Chambre de commerce des Hautes-Alpes tournent à la foire d’empoigne entre les candidats embrunais. On s’insulte à travers les journaux. À gauche, Messieurs Joubert, ancien maire d’Embrun, et Manuel, limonadier. Ils sont soutenus par l’hebdomadaire socialiste Les Alpes nouvelles de Gap. À droite, Messieurs Imbert, hôtelier, Pavie, industriel, et Jugy, imprimeur, s’expriment dans La Durance. Ça tombe bien, ce journal appartient au candidat Jugy.
Il publie des démentis catégoriques : “La liste Jugy Guérin ne comprend ni embusqués ni enrichis comme le disent certains journaux, tandis que la liste Manuel, Joubert, Faure (liste socialiste) comprend des embusqués et des enrichis.” Il accuse Les Alpes nouvelles , “journal de M. Cluzel, avocat socialiste et millionnaire”, de défendre les coopératives. De quoi s’indigner : “Qu’adviendrait-il […] si dans chaque localité du département, on créait des coopératives ?”
Messieurs Faure, Joubert, Imbert, Pavie et Manuel sont élus. Adrien Jugy, dont le journal n’a publié que des articles le soutenant, a été battu “à cause de manœuvres déloyales”.
►Des progrès enregistrés
Il y a 100 ans, aussi, l’électricité n’est distribuée qu’à certaines heures. Il y a les mécontents qui se plaignent car “le courant est coupé trop tôt le matin et envoyé trop tard le soir, de sorte qu’ils sont obligés de se servir de bougies […]”. Et ceux qui apprécient le progrès : “Nous sommes heureux de constater que depuis quelques jours, le Water closet de la rue Neuve est éclairé à l’électricité.”
Autre progrès, “les abonnés au téléphone sont autorisés à échanger des communications téléphoniques de 19 h 30 à 21 heures avec les abonnés des réseaux de tous les autres départements”. Rappelons qu’à cette époque, pour avoir un correspondant, il faut passer par une opératrice.
Côté vie culturelle, on annonce pour le 16 décembre, trois heures de fous rires au théâtre d’Embrun. Un spectacle qui, bien que correct, “ne s’adresse pas aux jeunes filles”.
On peut consulter le journal La Durance en ligne sur le site des Archives départementales des Hautes-Alpes.
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du madi 7 novembre 2023 (Bernard Brabant)
Cinq ponts se sont succédé pour franchir la Durance entre Embrun et Saint-André-d’Embrun
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Depuis le Moyen Âge, cinq ponts ont été construits pour franchir la Durance en direction de Saint-André-d’Embrun et Crévoux sans faire un long détour par le bas de ville. Si ces ponts se sont succédé à différents endroits, c’est parce qu’ils ont régulièrement été emportés ou fragilisés par les colères de la rivière.
Le premier pont connu date du Moyen Âge. Entièrement en bois, il était dans le prolongement du chemin de l’Estang. On aperçoit encore les ruines de la pile centrale. De là, le chemin grimpait directement à Saint-André- d’Embrun.
Au XIXe siècle, un pont a été construit à 40 mètres en aval du pont actuel. On voit encore la culée sur la berge du côté de la petite maison en bordure de la Durance
Moins de cent ans après, un pont a été construit sur l’emplacement du pont actuel. Il était en bois et reposait sur deux piles centrales en maçonnerie.
Ce fut ensuite un pont complètement métallique, reposant sur une seule pile. Ce pont a été fragilisé en juin 1957 par la crue centenaire de la Durance.
Il a fallu attendre 1971 pour qu’il soit remplacé par le fameux pont Neuf. Un pont préfabriqué de type Baylet. Ce type de pont métallique a été conçu initialement pour un usage militaire avec une portée maximale de 60 m. Il n’exigeait ni outillage spécial ni équipement lourd pour sa construction.
Le pont annoncé en ossature bois sera donc le sixièmeᵉ pont connu à franchir la Durance dans la commune, en amont
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du lundi 6 novembre 2023 (Bernard Brabant)
Il y a 100 ans, la foire d’automne réunissait des milliers d’animaux à Embrun
Les foires et le tourisme sont des atouts importants pour la vie économique à Embrun. C’est ce que confirmait l’hebdomadaire La Durance en ce mois de novembre 1923.

Une foire à Embrun croquée par Émile Guigues à la fin du XIX e siècle. Illustration ASEPE La Durance n°50
Chaque année à l’automne ont lieu la foire de la Saint-Crépin et son retour une semaine plus tard. L’hebdomadaire La Durance du 3 novembre 1923 en dresse le bilan : on a amené plus de 5 000 vaches, bœufs, taureaux et veaux et des milliers de moutons. Sans compter les porcs, chèvres et poules.
Un temps fort de la vie économique à Embrun qui n’empêche pas les commerçants de râler. La loi du 1er juin 1923 entre en application. Ils doivent inscrire sur tous les papiers de commerce leur numéro d’immatriculation au registre du commerce.
« On commence par les commerçants et, si cela continue, bientôt tous les Français seront, tout comme les automobiles, obligés de porter d’une façon apparente leur numéro matricule. Pauvre liberté ! », s’indigne un lecteur dans le journal.
►Des aménagements nécessaires pour le tourisme
Du côté de la municipalité, les nouvelles sont bonnes : la ville va toucher 400 000 francs (460 000 € actuels).
Cette subvention vient des fonds que l’État prélève sur les jeux pour les redistribuer en partie aux collectivités. Cet argent servira aux travaux d’assainissement.
Le tourisme fait aussi vivre l’Embrunais. Le syndicat d’initiative d’Embrun annonce qu’il va installer une table d’orientation au-dessus de la Tour brune. Il demande aux Ponts-et-Chaussées d’améliorer la route de Boscodon. Il souhaite que l’on fasse de même pour “la belle route du col suprême du Parpaillon”. Cela dépend de l’armée, puisqu’il s’agit d’une route militaire.
Il faut aussi améliorer la sécurité des autocars. Pour les chauffeurs, on envisage d’exiger des garanties d’expérience supplémentaires. On pourrait même demander “un carnet de route où l’entrepreneur marquerait ses réparations et ses visites détaillées de voiture”. Il faut être prudent, comme le maire des Crottes qui vient de prendre un arrêté : “Les automobiles ne pourront pas dépasser la vitesse de 7 kilomètres à l’heure, dans la traversée du village. Les infractions à cet arrêté seront constatées par des procès-verbaux”.
Dans la rubrique objets trouvés, le journal signale qu’un facteur “a trouvé samedi 10 novembre, sur la route de Saint-André, un revolver. Le réclamer à M. Para, facteur, place Barthelon, à Embrun”.
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du jeudi 2 novembre 2023 (Bernard Brabant)
À la découverte des tombes de personnages qui ont marqué la commune
Ces personnes ont marqué notre histoire locale. Aujourd’hui, certaines sont encore connues, d’autres ont été oubliées. Voici quelques tombes de ces Embrunais et Embrunaises décédés avant la Seconde Guerre mondiale. Une balade insolite, proposée avec la complicité de Robert Blache, féru d’histoire locale.

L’emplacement de ces quelques tombes. Infographie B.B.
►1. Louis Dioque († 1873)
Décédé, il fut receveur des finances. Il fut propriétaire de l’abbaye de Boscodon qu’il a sauvée de la ruine en faisant rétablir une partie de la toiture avec son propre argent.
►2. Famille Bonniard († 1924)
Victor, avec son frère Louis, géra une fabrique de draps dont le gros bâtiment abandonné se trouve au Pont-Neuf, devant le Gabion actuel. Il fut conseiller général, député puis sénateur. Michel Bonniard fut maire d’Embrun.
►3. Famille Jugy († 1907)
François a fondé l’hebdomadaire républicain La Durance en 1872. Adrien puis Albert en ont assuré la relève. La tombe ne mentionne pas les épouses qui ont aussi joué un rôle. Le journal s’est sabordé en 1944. Comme tout journal ayant choisi de paraître durant la guerre, sa ligne éditoriale était forcément devenue pétainiste.
►4. Clovis Hugues († 1907)
Le poète, ancien député, mort à Paris, avait choisi de se faire enterrer à Embrun dans le cimetière dont il disait : “toutes les tombes sont un jardin”. Sa tombe a été sculptée par sa femme Jeanne Royannez-Hugues qui a également sculpté le monument du jardin de l’Archevêché. Décédée en 1932, ses cendres reposent à côté de Clovis
►5. Famille Mondet († 1958)
Émile a installé avec son fils l’éclairage public électrique à Embrun. Il a construit une centrale électrique sur la Durance à l’endroit maintenant occupé par les moulins Céard. Embrun (première ville des Hautes-Alpes en la matière) et Paris ont bénéficié la même année de cette nouveauté : en 1891.
►6. Victor Maurel († 1918)
Il fut conseiller municipal pendant 30 ans et premier adjoint. Très impliqué dans la vie associative, il fut aussi capitaine des pompiers. Ses idées ancrées à gauche effrayaient les braves gens. C’est pourquoi son ami Clovis Hugues l’appelait “l’avale-tout-cru”. On a donné son nom à l’ancienne rue Neuve.
►7. Auguste Arduin († 1914)
Il fut maire lorsque la maison centrale fut supprimée. Il présenta à plusieurs reprises sa démission pour protester contre une décision qui ruinait la ville. À l’issue d’un conseil houleux, il s’est battu en duel au pistolet avec Auguste Chapuzet. Après deux balles échangées sans résultat, les témoins ont déclaré l’honneur sauf.
►8. La plus vieille tombe ?
Peut-être une des plus vieilles tombes du cimetière, appelée à disparaître. On peut lire sur la plaque qu’une des personnes est décédée en 1774.
►9. Émile Guigues († 1904)
Ce percepteur était poète, auteur. Il a dessiné la vie de tous les jours. Sa maison est dans la rue qui porte son nom.
►10. Auguste Thouard († 1925)
Il fut poète, maire, avoué, avocat, mutualiste, éditorialiste, fondateur de multiples sociétés d’entraide. Sa maison est en face de la cure.
►11. Famille Chapuzet
Le monument funéraire le plus ambitieux du cimetière. Auguste († 1928) fut maire d’Embrun (voir Arduin). Les deux vitres abritaient des bustes en marbre blanc de lui et de sa femme. Ces œuvres ont été enlevées, par crainte de détérioration et de vol.
►12. Charles Masson († 1960)
Il fut maire et pharmacien. Il a transféré en 1923 dans la rue principale sa pharmacie (pharmacie du Mont-Guillaume actuelle).
►13. Les 8 sœurs
Elles sont huit sœurs religieuses inhumées dans ce tombeau (entre 1927 et 1957). Ces religieuses étaient très aimées des Embrunais car elles étaient soignantes bénévoles à l’hôpital.
►La cathédrale d'Embrun telle que vous ne la verrez jamais plus.
En effet, dans le projet de "restauration", des abat-sons vont être installés dans toutes les baies de ce clocher de style lombard qui n'en n'a jamais eu.
Fermant ainsi toutes les ouvertures qui donnaient à ce clocher son aspect aérien et élancé, et qui permettait aux Embrunais habitant sur les hauteurs de la ville d'entendre les cloches sonner.
S'il faut saluer la pugnacité et la détermination de nos élus qui mettent tout en œuvre pour restaurer notre patrimoine, on ne peut qu'être atterré par les aberrations architecturales qui sont imposées.
Triste époque!
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du vendredi 27 odtobre 2023 (Bernard Brabant)
Quand l’éclairage public dépendait du bon vouloir de l’allumeur de réverbères
Allumeur de réverbères. Voilà un métier qui a disparu avec l’arrivée de l’électricité à la fin du XIXe siècle. Il devait allumer, éteindre et entretenir les lanternes qui tentaient d’éclairer le centre-ville. Quand il ne passait pas, cela mettait les Embrunais dans une colère noire.

Avant l’arrivée de l’électricité en 1891, une trentaine de lanternes éclairait Embrun dont la place de la mairie… quand l’allumeur de réverbères faisait son travail. Dessin Le DL/Bernard Brabant
“Ne vous aventurez pas le soir, par un temps de pluie surtout, dans la rue du Théâtre, vous risqueriez fort de vous casser le cou. […] Le réverbère qui habituellement n’éclaire que faiblement, très faiblement, les abords de cette place assez fréquentée, ne l’éclairait pas du tout ce soir-là, par l’excellente raison qu’on avait oublié de l’allumer. […] Il arrive trop fréquemment que des oublis de ce genre se commettent.” Voilà ce qu’écrit le journal La Durance en mai 1885. Si les lanternes éclairent timidement, c’est souvent faute de nettoyage, leurs vitres sont noircies par la fumée. La gestion de l’éclairage à Embrun relève alors d’une entreprise privée concessionnaire. Il y a aussi ceux que l’on oublie d’éteindre : “Les personnes qui ont traversé mardi matin entre huit heures et neuf heures la place Saint-Pierre [place Barthelon aujourd’hui, NDLR] ont pu voir le réverbère de la mairie encore allumé.”
En 1885, la mairie décide de repousser l’extinction des lumières de 21 à 23 heures. Les plaintes continuent : “Les réverbères de l’Archevêché persistent à s’éteindre chaque soir avant neuf heures, à la grande joie… des amoureux.” Les deux réverbères de l’avenue de la Gare ne sont plus allumés quand le dernier train arrive.
En 1886, l’ingénieur Mora fait une démonstration d’électricité à Embrun. Il propose d’éclairer les rues avec la lampe Edison, propre, facile et sans risque d’incendie. La mairie passe une convention avec lui.
►L’éclairage électrique en 1891
Il devra placer 25 lampes électriques d’une intensité de 16 bougies chacune et dix autres lampes de huit bougies, éclairant jusqu’à minuit. En cas d’incendie, désastre public, émeute, l’éclairage devra durer toute la nuit si nécessaire. M. Mora devra éclairer gratuitement l’horloge communale, jusqu’à 30 fois par an le bureau de la mairie et la salle des délibérations du conseil municipal. Les personnes habitant vers un réverbère pourront s’abonner à l’électricité. C’est finalement grâce à Mondet père et fils qu’Embrun bénéficiera de l’éclairage électrique. En 1891, la même année que Paris.
Après des décennies de débauche d’éclairage public, comme d’autres villes, Embrun n’éclaire plus en permanence certains quartiers. Pour limiter l’extinction d’espèces vivant la nuit.
►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du mardi 17 octobre 2023 (Bernard Brabant)
Que s’est-il passé il y a 100 ans ?
Voici quelques actualités de ce mois d’octobre 1923 publiées par l’hebdomadaire embrunais La Durance.

Châteauroux au début du siècle dernier. Au cours de l’été 1923, le village a accueilli près de 600 touristes. Mais il doit faire des progrès pour les satisfaire. Photo Archives départementale côte 23-112
En ce mois d’octobre 1923, Joseph Alphand garde son troupeau à Savines. Passe un lièvre. Le berger excite les chiens qui se lancent à sa poursuite. Le lièvre fait demi-tour et se dirige vers le berger qui lance un coup de fouet sans l’atteindre. Le lièvre réussit à s’échapper. Les gendarmes dissimulés s’approchent du berger et lui dressent un PV pour “délit de chasse sans permis”. C’est ce que rapporte l’hebdomadaire La Durance sous le titre “Curieux délit de chasse”.
►Un cadavre sous le roc
En cueillant des amandes dans sa propriété sous le roc, Camille Parendier découvre un cadavre caché dans l’herbe. Il s’agit d’Auguste Féraud, disparu de l’hôpital depuis deux mois. On suppose qu’il est tombé d’un mur qui surplombe le roc.
Au hameau des Bernard à Chorges, en allant labourer son champ, Monsieur Combes trouve un inconnu pendu à un noyer. Le malheureux a laissé un message mystérieux : “Heure décisive, le mort ne parlera plus”.
À Châteauroux, on tire le bilan de la saison estivale. Près de 600 touristes ont séjourné dans le village. Ils y ont dépensé près 400 000 francs, soit dans les 450 000 euros actuels. Hélas, s’ils viennent, c’est pour le cadre, mais ne sont guère satisfaits de leur séjour. Pour le sous-préfet d’Embrun, le village doit élargir les routes, intensifier l’éclairage électrique, planter des arbres, installer le tout-à-l’égout et éliminer les tas d’ordure autour des maisons.
Au 54 rue de la Liberté à Embrun, Monsieur Rispaud a installé un atelier de fabrication de boîtes en carton. “Les ouvrières n’auront qu’à se pourvoir d’une chaise, qui sera étiquetée à leur nom et qui restera à l’atelier, pour leur usage”, précise La Durance.
►Les débuts chaotiques de l’aviation
Roger Ronserail devait venir survoler Embrun le 30 septembre avec son coucou, pour annoncer une journée de l’air autour de l’aviation. À la suite d’une panne, il a dû atterrir près de Gap. Quand il reprend son envol, il perd alors son hélice. L’avion se fracasse. Le pilote a deux côtes enfoncées et une jambe brisée. Et en plus la manifestation est finalement annulée pour cause de mauvais temps. C’étaient les débuts hasardeux de l’aviation. On appelait alors les pilotes, les “fous volants”.
Le journal rappelle que le samedi 6 octobre, il faudra reculer sa montre d’une heure pour passer à l’heure d’hiver.

