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Pourquoi la ville a rasé ses remparts il y a 140 ans ?

►Article paru dans LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ du mercredi 26 juillet 2023 (Bernard Brabant)


 

Embrun : pourquoi la ville a rasé ses remparts il y a 140 ans ?


 

Fin 19e, Embrun s’est lancé dans un vaste chantier : raser une grande partie de ses remparts. Mais ce n’était pas pour  l’arrivée du chemin de fer.


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L’ancienne porte fortifiée pour entrer dans Embrun en venant de Gap. Un peu comme l’entrée actuelle de Mont-Dauphin. 
(Illustration Archives départementale côte 39/202)


 

La ligne de chemin de fer, inaugurée en juillet 1883 à Embrun, effleurait à peine les remparts du côté du bastion. Pourquoi la municipalité a-t-elle pourtant décidé de détruire la partie nord des remparts, surtout entre la porte de Gap et celle de Briançon ?


Depuis 1880, par décret, Embrun n’est plus une place forte militaire. Et ce n’est pas une surprise. La ville assiégée en 1692 n’avait tenu que 11 jours face aux troupes du duc de Savoie. Vauban avait d’ailleurs déclaré que cette ville fortifiée était “la plus mauvaise place [qu’il] connaisse”.


►« Embrun va avoir son périphérique »

 

L’armée cède trois hectares de terrain pour installer la gare. La ligne de chemin de fer a une importance stratégique. C’est le seul moyen de transport pour amener rapidement troupes et matériel vers la frontière. Les autres remparts et emplacements sur lesquels ils sont bâtis ne sont plus des terrains militaires. La ville en rachète pour les raser et construire les écoles Cézanne et Louis Pasteur (Jules Ferry vient d’instituer l’école laïque et obligatoire).
 

D’autres terrains sont vendus aux enchères aux particuliers comme vers le chemin du tour-des-portes.
 

L’idée est de faire une ville ouverte et moderne comme Gap. Il y a peu de débats. “Pourquoi ne pas laisser à la ville son antique cachet ?”, demande un lecteur du journal La Durance en 1878. “[…] Inutile de faire du sentiment pour des murs destinés à tomber en ruines et qui, ne remontant pas à une époque reculée, ne rappellent aucun grand souvenir historique”, rétorque le conseiller municipal Ollier.
 

La place libérée permettra en 1893 de créer le boulevard des Aires (boulevard Pasteur), qui réjouit cet Embrunais : “La ville d’Embrun va avoir son boulevard périphérique extérieur. Paris a bien le sien”.


►Une destruction des remparts qui n’empêchera pas le déclin d’Embrun


Les portes de Gap et de Briançon sont détruites. Toute cette modernité n’empêchera pas le déclin d’Embrun la mal-aimée. Elle perdra la maison centrale, les casernes, son tribunal et sa préfecture.
 

La ville prendra un nouveau départ dans les années 1960 avec le plan d’eau et les stations de sport d’hiver. Et, si Embrun avait gardé ses remparts, comme Aigues-Mortes, cela aurait été un atout touristique supplémentaire.
 

Quand la décision a été prise, il était difficile d’imaginer cet avenir pour une ville alors décriée, avec ses écuries, ses rues sombres et malodorantes, à en croire les témoignages d’époque.


Date de création : 26/07/2023 12:00
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Réactions à cet article

Réaction n°1 

par Jean-Paul le 29/07/2023 16:49

L'article est bien, mais malheureusement la photo représente la porte de Briançon et non celle de Gap.
 

En effet, à l'époque, l'éditeur de la carte postale s'est trompé de porte et a mis un titre erroné.
 

Comme on peux le constater sur les huiles peintes par M. Rosan vers 1880 concernant les portes d'Embrun, dites de Gap et de Briançon, on peut voir en arrière-plan de la porte de Briançon, la maison du gouverneur militaire. Elle se trouvait seulement à la porte de Briançon ; à la porte de Gap il n'y avait qu'un corps de garde qui deviendra la première maison de l'ONF, détruite maintenant.
 

Jean-Paul Blanc