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Les Radeliers de la Durance

►Article paru dans LE DAUPHINE LIBERE du jeudi 8  juin 2023 (Par Guillaume Faure)


Les Radeliers, une histoire qu'il faut faire émerger


En parallèle de la reconstitution historique des Radeliers de la Durance, devenue une coutume plébiscitée par le public, un travail de recherche a été entamé depuis par une poignée de personnes férues du sujet du flottage. Parmi elles, l’Embrunais Denis Furestier.


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Une reconstitution historique des Radeliers de la Durance aeu lieu début juin.
L'occasion de présenter une activité vieille de plusieurs siècles.
(Archives photo Le DL/Vincent Ollivier)


 

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Denis Furestier, longtemps président de l’association des Radeliers de la Durance, se consacre depuis plus de trente ans à l’histoire du flottage, un moyen de transport du bois crucial dans les Alpes du Sud.  (Photo Le DL /Vincent Ollivier)

C’est une histoire qui se raconte à l’échelle des siècles. Mais que le XXe a failli oublier : le flottage, c’est-à-dire le transport du bois par les rivières, symbolisé dans l’esprit populaire par la descente des Radeliers de la Durance. Ce sujet, l’Embrunais Denis Furestier en a fait une spécialité. Presque dévorante, concède-t-il dans un sourire. Le Haut-Alpin fait partie des contributeurs d’un ouvrage universitaire de référence tout juste paru, Le flottage du bois en Europe , où il consacre un chapitre à cette pratique dans les Alpes, entre Léman et Méditerranée.


Une participation rendue possible par les contacts noués en 2017 avec Anh Linh François , une archéologue venue à Embrun pour sa thèse. Et cette parution intervient six ans après et « sept relectures », sourit Denis Furestier. « L’étude du flottage est largement sous-évaluée en Europe, peu de chercheurs ont travaillé sur cette activité, résume-t-il. On était très en retard, surtout en France. Alors qu’elle a été très importante et stratégique. Pendant des siècles, le bois c’était utile pour tout : se chauffer, se loger… »


De son sac, l’Embrunais sort différents morceaux de bois soigneusement conservés. « Des chevilles » qui servaient au maintien des radeaux, son nouvel objet d’étude. Dans son esprit, il conserve les dates, les lieux et les anecdotes liées au flottage dans les Alpes et la redécouverte de ce patrimoine.
 

►« Un ancien m’avait parlé du flottage. D’autres m’avaient dit que c’était une légende »


L’embarquement dans cette passion a eu lieu en 1988. Denis Furestier, alors trentenaire, œuvre à son diplôme d’accompagnateur en montagne. « Il fallait faire un mémoire et je voulais un sujet qui soit autre chose que les edelweiss ou les chamois, s’amuse-t-il. Et j’avais discuté avec un ancien qui m’avait parlé du flottage. D’autres m’avaient dit que c’était une légende. C’est resté dans un coin de ma tête. » Pas de hors sujet ! Denis Furestier sort major de promotion et son texte est même publié. « Depuis tout gamin, je suis passionné d’histoire, remarque-t-il. Et même passionné de recherches, d’investigations. »
 

Pendant plus de 20 ans, l’homme a présidé aux destinées de l’association des Radeliers de la Durance. Avant de mettre de côté la reconstitution historique pour se consacrer à la recherche. « Je me sens moins seul à travailler là-dessus. Il y a des archéologues, des historiens, et même un géographe et un sociologue », sourit-il. Il désigne un épais livre au titre laconique Forêt et marine , daté de 1999, où le flottage ne représente qu’une poignée de pages. Quand, désormais, des livres entiers y sont consacrés, comme celui paru en 2023.
 

►Un livre destiné au grand public en projet


L’histoire suit son cours. Et en 2022, le radelage est reconnu par l’Unesco , inscrit sur sa liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Sur la Durance, la préservation de la coutume et du folklore se poursuit, l’espace de 48 heures par an. Désormais loin de l’impétueuse Durance, Denis Furestier réalise des conférences. Et, dans son bureau, un ouvrage est déjà en projet. Cette fois tourné vers le grand public, et non plus forcément universitaire.


« Un livre auquel je n’avais pas vraiment pensé. Ou peut-être de loin », concède l’intéressé. L’Embrunais a pour projet d’avoir bouclé tous ses écrits, commencés en 2020-2021, d’ici la fin de l’année 2023. Et sur une clef USB, les thématiques de chapitres s’esquissent déjà sur les titres des fichiers. « Même si on découvre des choses en permanence » s’amuse-t-il. Il évoque la mine d’informations constituée par les archives… fiscales d’une famille grenobloise ! « C’est grâce à cela qu’on va le plus évoluer dans la recherche , pronostique Denis Furestier.  Il reste encore tellement à découvrir ! » La remise en lumière de ce qu’était la tradition du flottage n’est pas un long fleuve tranquille. Comme la Durance, en somme.  • Guillaume Faure


 

► Pourquoi le flottage a-t-il été abandonné ?


Depuis désormais 30 ans, le public a de nouveau en mémoire les conditions des radeliers. Mais il faut remonter bien plus loin pour retrouver les débuts du flottage dans les Alpes. « Ça a commencé avec les premiers rois capétiens. Et ensuite tous les monarques ont fait évoluer l’organisation du flottage en France », signale Denis Furestier. Le premier document attestant de la descente de radeaux des cours d’eau des Alpes remonte à 1094. Plus localement dans les Alpes du Sud, on a retrouvé trace d’un droit de péage pour la descente de radeaux sur la Durance daté au 3 décembre 1296.


Les routes, le rail et les coques métalliques de bateau


Et pourtant, « nous avons été le premier pays d’Europe à abandonner l’activité du flottage », poursuit le passionné. La raison est à chercher sur les routes – « après la Révolution, nous avons très rapidement amélioré nos accès terrestres » – et sur le rail. Mais pas seulement. Les forêts des Hautes-Alpes ont beaucoup servi au bois de marine, qui, lui, a connu l’arrivée de la vapeur et des coques métalliques de bateau. « Autant d’influences sur la perte des besoins en bois, en même temps qu’une ressource réduite par la surexploitation », complète Denis Furestier. À la fin du XIXe  siècle et, très partiellement jusqu’à avant la Première Guerre mondiale, la pratique s’est donc éteinte. « Tandis que les Espagnols ont flotté jusqu’à la période de Franco, les Allemands ont été obligés de recommencer après la Seconde guerre mondiale », signale l’Embrunais.



 

DL_Radeliers_2023_06_08.jpg► “Ce qu’il faut voir, c’est le nombre de personnes à vous attendre”

« Nous sommes les Radeliers ! Et nous allons flotter ! » Cette antienne, nombre de Haut-Alpins ont pu l’entendre à L’Argentière-la-Bessée, Saint-Clément-sur-Durance ou Embrun, les étapes devenues habituelles des Radeliers de la Durance. Ces derniers proposent, en fin de printemps, une reconstitution des descentes, en tenue d’époque, et avec des radeaux créés de toutes pièces. Si 2023 a marqué la trentième année des Radeliers de la Durance, il s’agissait de la 23e reconstitution du genre.


Et le succès public ne s’est jamais démenti pour découvrir la navigation des membres de l’association sur des radelles et radeaux allant de plusieurs centaines de kilos à plusieurs tonnes et dépassant parfois les 10 mètres. Et même plus : en 2003, les Radeliers avaient manœuvré une plateforme de 23 mètres ! Les 23 descentes ont parfois été accompagnées d’échouages ou de divers couacs. C’était le cas lors de la première édition, en 1994. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré en 2015, plus de 20 ans après, Denis Furestier confiait son sentiment de l’époque : « J’ai dit “terminé” ! ». Avant qu’il ne reçoive ce soutien du conseiller général de l’époque, Bruno Chapuis : “Vous pensez que c’est un échec, mais ce qu’il faut voir, c’est le nombre de personnes à vous attendre”.


Lors des reconstitutions, les scènes de partages entre radeliers et public sont souvent incontournables. Archives photo Le DL1 /1 


 



Date de création : 08/06/2023 12:37
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