Comment Embrun luttait contre les incendies il y a 140 ans

Comment Embrun luttait contre les incendies il y a 140 ans
 

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Reconstitution d’un incendie en 1884.
Les pompiers qui ne peuvent se payer d’uniforme ont un brassard. On fait la chaîne pour alimenter avec des seaux les pompes à incendie à bras.  Dessin Le DL/Bernard Brabant

Voici le récit d’un incendie ordinaire qui s’est réellement passé il y a 140 ans. Tout le monde se mobilise pour qu’il ne ravage pas Embrun. Mais on ne fait pas qu’arroser les flammes.
 

Dimanche 27 janvier 1884, 11 h 45. Le clairon des pompiers sonne. Un incendie vient d’éclater chez la veuve Jacquet, rue Neuve (rue Victor-Maurel aujourd’hui).
 

Pompiers, soldats, hommes, femmes, c’est la mobilisation générale. Le feu ne doit pas s’étendre. Beaucoup de maisons ont des granges remplies de foin. Les pompiers arrivent avec leurs deux pompes à bras. Déjà, la toiture est en flammes. On amène la pompe de la compagnie des chemins de fer et celle de la maison centrale de détention. Les soldats arrivent aussi avec leur matériel. Un certain Monsieur Nave prête également sa pompe.
 

Quatre chaînes humaines se forment
 

Il faut amener de l’eau par seaux pour alimenter les pompes les plus anciennes. Quatre chaînes humaines se forment. C’est ce que rapporte l’hebdomadaire La Durance , situé dans la même rue : “L’une allant puiser de l’eau sur la place Saint-Pierre [actuellement place Barthelon, NDLR], l’autre sur la place du Tilleul, la troisième à la porte de Briançon [en haut de la rue Clovis-Hugues] et la quatrième à l’Arsenal”.
 

Les pompiers doivent arroser l’incendie. Mais il n’y a pas que l’eau qui coule à flots. Il faut aussi imbiber les gosiers note le journal La Durance  : “Constatons enfin la prodigalité des voisins, des bureaux de La Durance , s’échappent des ruisseaux de vin, où chacun vient prendre des forces. Presque tout ce qu’Embrun possède de valide se trouve à la chaîne, il n’est pas jusqu’à nos charmantes jeunes filles qui n’aient joué leur rôle, les unes font passer de l’eau, d’autres portent un cordial quelconque aux pompiers…”
 

À 12 h 30, l’incendie est maîtrisé. C’est au tour de la mairie d’offrir du vin aux soldats qui ont participé à cette lutte : “Notre municipalité, en vous offrant une ration de vin, a voulu surtout vous montrer que si elle était pauvre, elle était aussi reconnaissante”, raille l’hebdomadaire.
 

Il avait publié une lettre ouverte quelques années avant signée par le capitaine des pompiers Rispaud : “Embrun ne possède qu’une unique pompe, déjà détériorée par de nombreux services.” Le “maigre budget” de la commune ne pouvant en payer une, Rispaud avait lancé une tombola. Grâce à la participation de chacun, aux dons du préfet Ladoucette et du député Ferrary, Embrun s’est munie d’une nouvelle pompe : “Elle se distingue de l’ancienne en ce qu’elle est pourvue d’un tuyau d’aspiration et peut ainsi se charger toute seule dans un réservoir et sans le secours d’une chaîne [de seaux d’eau]”, se réjouit le capitaine. Légère, elle est plus facile à transporter pour porter secours aux communes voisines toujours dépourvues de pompes.
 

Ainsi, Baratier n’en avait toujours pas quand la maison du sieur Michel a été réduite en cendres en 1884. Il a fallu attendre que les pompiers arrivent d’Embrun au pas de gymnastique avec leur pompe pour que le feu ne se propage pas.

Article paru dans le Dauphiné Libéré du jeudi 4 mai 2023 - Bernard Brabant


 

Des incendies ravageurs

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Le hameau de Sainte-Catherine en 1903. Entièrement reconstruit avec l’aide d’une souscription. 20 ans auparavant, il avait été complètement détruit par un incendie qui a fait trois victimes.  Photo Le DL / Archives départementales côte 21 Fi 5161 /1

  Un incendie est si vite arrivé. L’hiver, quand les granges sont pleines, les cheminées sont souvent allumées, on s’éclaire à la chandelle. Des flammes qui peuvent facilement se transmettre au foin, à la paille. Car beaucoup de maisons à Embrun sont des fermes avec des granges.

  Un incendie qui se déclare peut embraser un hameau, un village ou une ville. Les maires d’Embrun ont pris des mesures préventives comme imposer en 1848 des portes et volets sur les granges pour que les étincelles poussées par le vent ne puissent y pénétrer. En 1885, on décide d’installer dix bouches d’incendies.

  D’autres villages ont malheureusement été entièrement détruits. Dans la nuit du 21 au 22 octobre 1837 : 123 maisons ont été anéanties à Guillestre. 25 autres seront à nouveau détruites en 1847.

  En mai 1883, au hameau de Sainte-Catherine à Vars, 32 maisons sont complètement brûlées. Trois personnes, dont une jeune fille de 18 ans, ont péri. “La misère est profonde ; une centaine de paysans sont sans asile et sans ressources”, se désole l’hebdomadaire La Durance. Comme à chaque désastre, une vaste souscription est lancée pour venir en aide aux habitants.


Date de création : 04/05/2023 16:14
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